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BANDES DESSINÉES... Plus de 700 articles (janvier 2019)

La BD est en force sur vivre-a-chalon.com

BD...

En partenariat avec des étudiants de l'IUT (Licence TAIS) et Michel BONNET cette rubrique s'intéresse  au "neuvième art" en général mais, et, c'est la raison d'être de notre média,  également aux acteurs chalonnais et aux initiatives locales dans le droit fil du projet "Chalon en bulles" dont Michel Bonnet fut l'initiateur et l'animateur il y a quelques années.

Avec son équipe il ira à votre rencontre... mais n'hésitez pas à faire le premier pas si vous partagez cette passion pour les bulles !

 

Des textes, des photos, des interviews audio, des vidéos...
Bonne promenade !


 

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L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : Coco Chanel

L’été c’est fait pour lire et voici donc le dernier album de la collection Grands destins de femmes dont je voulais vous parler… Si je vous dis qu’il se nomme Coco Chanel, vous allez vous dire que pour une fois on est en terrain connu et populaire car en France on connait tous Coco Chanel…

 

Gabrielle Chanel est beaucoup plus connue sous le nom de Coco Chanel. Mais que connaissons-nous d’elle ? Si elle est restée comme un nom associé à la haute couture, on sait moins que son impact fut capital pour la vie quotidienne des femmes : mode des cheveux courts, faux bijoux d’apparat permettant à toutes les femmes de se parer en fonction de leur bon vouloir, coupe des vêtements révolutionnaire dont un certain tailleur qui reste encore de mise… Oui, Coco Chanel fut une femme importante du vingtième siècle et il ne faudrait pas la limiter à une femme atypique, capricieuse et artiste…


Le travail de Pascale Frey et Bernard Ciccolini permet de comprendre cette femme, de son enfance à la fin de sa vie, dans ses grandeurs et ses aspects plus obscurs, de la tristesse de l’orphelinat à la solitude finale dans sa suite du Ritz… L’album fait revivre les moments les plus exaltants, les rencontres les plus improbables, de cette « Mademoiselle »…


Souvent les dessins sombres de Bernard Ciccolini plongent le lecteur dans ces tensions qu’elle connut bien souvent dans une vie qui ne fut pas toujours, loin s’en faut, baignée des odeurs douces de son Numéro 5… Elle traverse la vie dans une certaine souffrance, dans une mélancolie sans équivalence, et personne ne sut probablement la comprendre entièrement… mais avec cette bédé, qui sait ?

 

Alors, on pourra aussi, et ce n’est pas incompatible avec la lecture de cet album, regarder les films Coco avant Chanel (2009) d’Anne Fontaine avec Audrey Toutou ou Coco Chanel (2008) de Christian Duguay avec Barbora Bobulova… Mais comme l’été c’est fait pour lire commençons par la bédé… Bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : Dian Fossey

L’été c’est fait pour lire et comprendre le monde d’aujourd’hui, entre autres. Au moment où ne peut que constater la disparition d’un certain nombre de mammifères, je vous invite, toujours en passant d’un album à l’autre dans cette grande collection bédé Grands destins de femmes, de découvrir celle qui nous a presque tout appris sur les primates…

 

Primatologue ? Métier très particulier et presque inconnu, surtout de la part de Dian Fossey dont le seul animal ayant retenu son attention durant sa jeunesse est un poisson rouge… de là à s’occuper de primates, de gorilles…


Née au cœur des années trente, elle a su se construire, se trouver une place à part au sein de la communauté scientifique avec compétences et passion. Elle a consacré sa vie à la connaissance des gorilles rwandais, encouragée à l’époque par le célèbre anthropologue Louis Leakey.


Ses études, son engagement, sa présence sur le terrain, ont permis, sans aucun doute, de sauver cette espèce en grand danger, mais cela lui coûtera la vie. Elle est assassinée en 1985, meurtre non élucidé probablement le fait d’un braconnier !


Jean-Philippe Noël et Bernard Ciccolini nous présentent tous les éléments marquants de la vie de Dian Fossey qui ont fait d’elle une femme d’exception, aussi controversée que respectée, ayant beaucoup fait pour la science...


Son impact au Rwanda a été immense et on l’appelait Nyiramacibiri, la sorcière… Oui, quand une femme impressionne, on a souvent l’habitude de la traiter de sorcière puis de la brûler… Là, on lui fendra le crane à coups de machette…

 

Cet album, Dian Fossey permet de découvrir cette femme et de comprendre les enjeux dans la conservation de ces grands primates… Nos frères, nos cousins, nos amis… à vous de choisir et comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : Françoise Dolto

L’été c’est fait pour lire alors continuons à passer en revue, certes de façon trop catalogue pour certains, les différentes bandes dessinées de cette collection Grands destins de femmes. Je peux donner le sentiment d’insister lourdement mais je suis déçu de la disparition de cette collection… Ouvrons Françoise Dolto

 

 

Pour des générations de parents, Françoise Dolto est celle qui a permis de rétablir le dialogue au cœur des familles. Elle fut très certainement un guide, un repère, une pédiatre, une psychanalyste, et même une pionnière à l’avant-garde de la connaissance de l’enfant, de l’adolescent, de l’être humain !


Elle a eu le mérite de faire comprendre que l’on devenait parent le jour de la conception et que dès cet instant tout était changé quel que soit l’enfant, son sexe, ses différences, ses dysfonctionnements…


Françoise Dolto est celle qui a porté l’idée que l’enfant était une personne à part entière comme les autres. Elle a aussi tenté d’expliquer aux parents et éducateurs que tout était langage, de la mimique au geste, du mot au silence. Tout a un sens et l’enfant perçoit tout cela…


Par ailleurs, Françoise Dolto est une femme, une féministe convaincue qui s’est battue férocement contre l’immobilisme de la société, la rigidité de ses institutions et mêmes le conservatisme des professionnels de l’enfance…


Marie-Pierre Farkas, auteure et Marianne Ratier, dessinatrice, se sont attachées à ce que furent les premières années de la petite Françoise Dolto, ses rapports avec sa mère entre autres, cette genèse expliquant la grande femme qu’elle allait devenir…

 

Alors, bien sûr, aujourd’hui, plus de trente ans après sa disparition, certains aspects de ses travaux sont critiqués, complétés ou rejetés… Qu’importe, elle fut une grande femme et cet album permet de comprendre son destin et ses intentions… alors, comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : Virginia Woolf

L’été c’est fait pour lire mais est-il nécessaire de lire une bande dessinée biographique sur une romancière ? Ne vaudrait-il pas plutôt lire directement un de ses romans ? En fait, tout est concevable y compris l’idée que la bande dessinée pourrait ouvrir les esprits et les préparer à la lecture des romans… Non ?

 

 

La bande dessinée est habituée à proposer des aventures, des actions, des rebondissements… Aussi, voir une biographie d’une auteure comme Virginia Woolf racontée avec ce mode narratif, est une véritable surprise. Comment une femme de lettres dépressive qui finit par se suicider peut-elle se transformer en héroïne de bédé ? Impossible diront certains !


Pourtant, quand Michèle Gazier se glisse dans la personnalité de Virginia Woolf, on sent immédiatement que l’alchimie va fonctionner, que la magie va opérer, que le lecteur va se laisser prendre au piège… Le piège de la littérature ! Le choix de la romancière y est pour quelque chose… Une romancière, une femme, une sensibilité proche… tout ce qu’il fallait pour que le résultat soit beau !


Fallait-il encore trouver un dessinateur capable de trouver le bon ton, le graphisme idéal, les couleurs justes, une narration graphique aussi délicate que l’écriture de Virginia Woolf… Et c’est bien le cas avec Bernard Ciccolini !


Ceux qui ont lu Virginia Woolf retrouveront l’auteure et se rappelleront tous ses romans et son journal. Les dessins viendront réveiller les souvenirs et l’imaginaire construits durant les lectures… Les autres tenteront d’apprivoiser Virginia avant de se précipiter en librairie ou à la bibliothèque pour lire Le journal (en version intégrale ou en extraits), Mrs Dalloway ou, qui sait, La vie de Roger Fry…

 

Attention, le choix est si vaste que chacun trouvera un texte à sa convenance sans que l’on puisse parler de vérité… Elle n’existe pas en littérature… Quoi que… Enfin, à vous de juger !

 

Virginia Woolf est une belle bande dessinée qui appartient à cette magnifique collection Grands destins de femmes qui a malheureusement disparu mais que l’on peut encore lire, heureusement… car l’été c’est fait pour lire !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : La Pasionaria

L’été c’est fait pour lire et j’ai bien l’intention de continuer à vous proposer les albums de cette collection Grands destins de femmes même si elle a tristement disparu absorbée par les problèmes financiers de l’éditeur Naïve… Les femmes ne sont pas illustrées seulement dans les arts ou quelques sciences délaissées par les hommes, on les trouve aussi en politique et depuis longtemps… Aujourd’hui, rencontrons La Pasionaria !

 

 

La Pasionaria ! Un nom, un cri, une figure, une époque… Et, pourtant, qui pourrait nous parler d’elle, retracer les grandes lignes de sa vie ? Peu savent qui elle fut, quelle femme elle a été pour marquer son temps et rester dans les mémoires par un simple surnom, la Pasionaria !


Dolorès Ibarruri fut une femme a participé à la direction du parti communiste de son pays et à la guerre civile espagnole, s’est retrouvée en exil en Union soviétique… et est revenue, finalement, mourir dans son Espagne natale.


La Pasionaria est une référence à la passion du Christ ce qui peut en surprendre plus d’un pour une communiste convaincue.


Les deux auteurs, Michèle Gazier et Bernard Ciccolini, retracent sa vie avec précision et parfois le ton devient grave et triste comme pour la mort de sa fille Esther, âgée de trois ans… Il y a aussi des périodes plus politiques, plus verbales et on peut penser à ses prises de parole en prison. Enfin, la Guerre civile apporte une touche de tragédie grecque…

 

Son cri, son slogan, sa devise, ¡No Pasarán! Lui a survécu et il est bien universellement connu…

 

Après la Guerre civile, elle part en exil en Union soviétique dont elle reviendra en 1975 après la mort de Franco…


De 1895 à 1989, elle va vivre son destin humain, avec grandeur et, parfois, discrétion, dans l’anonymat ou sur le devant de la scène, avant de devenir un mythe de son vivant ce qui n’est pas donné à tout le monde, encore moins à une femme !

 

Elle décède à Madrid en 1989, 3 jours après la chute du mur de Berlin, tout un symbole…

 

Une bande dessinée, La Pasionaria, à lire pour comprendre ce personnage mystérieux et populaire et comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire :Aliénor, la légende noire

L’été c’est fait pour lire et continuons à regarder les récits de vies de femmes célèbres en bande dessinée. Les femmes ont fait l’histoire, au moins au même titre que les hommes, et il est bien temps de leur redonner la place qu’elles méritent…

 

 

Oui, je suis bien un passionné d’histoire, d’histoire de France en particulier mais pas d’histoire nationaliste ou politisée. J’aime l’histoire car elle peut nous faire comprendre d’où on vient sans d’ailleurs nous garantir la destination car le passé ne conditionne pas non plus de façon absolue le présent… J’aime très spécifiquement l’Histoire de France quand une personne d’un autre pays se penche sur les évènements qui nous ont touchés. En effet, c’est passionnant de voir comment est perçue notre Histoire par ceux qui nous regardent de près ou de loin… En plus, si c’est une femme regardant l’histoire d’une femme cela devient passionnant…

 

C’est ainsi que Simona Mogavino, experte en art religieux, a décidé suite à un accident qui l’avait quelque peu immobilisée, de se pencher sur l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine. Au départ, une curiosité pour cette femme qui a été reine et France puis reine d’Angleterre, puis une sympathie avant de devenir une passion…

 

Comme elle est femme d’un auteur de bande dessinée, Alessio Lapo, elle se dit que cette femme pourrait bien devenir un personnage du neuvième art. La voilà qui recherche un éditeur et c’est chez Delcourt avec Marya Smirnoff, que tout prendra forme. On lui trouve un coscénariste, Arnaud Delalande, et l’équipe se complète avec un dessinateur qu’elle connaissait bien, Carlos Gomez. Ce dernier est un Argentin qui travaille en Italie depuis quelques années… une belle équipe internationale pour une reine qui fut successivement, en quelque sorte, aquitaine, française, angevine, anglaise… Européenne, quoi !

 

Cette série, Aliénor, la légende noire, a commencé doucement, on parlait d’un triptyque, pour maintenant devenir une très belle série, 6 magnifiques albums, tous parus. On y découvre le personnage d’Aliénor, sa vie de reine française, son couple avec le fameux Louis VII, puis leur divorce, son mariage avec Henri Plantagenet, son arrivée sur le trône d’Angleterre… Oui, la vie d’Aliénor est un roman tragique, une aventure incroyable et elle va provoquer, sans en mesurer directement les conséquences, la Guerre de Cent ans !

 

Il s’agit là d’une très belle bande dessinée, très bien construite et posée sur des bases historiques solides même si la priorité est bien donnée à tout ce qui peut faire d’Aliénor une reine de sang – titre de la collection – et une femme de caractère, peut-être trop car il est difficile d’avoir des preuves de certaines réactions de la reine. En même temps, il ne s’agit pas d’une thèse d’histoire mais d’une série de bande dessinée !

 

J’avoue qu’il s’agit d’une magnifique surprise, peut-être d’ailleurs la seule de qualité dans cette collection car les autres reines évoquées font pâle figure à côté d’Aliénor : Isabelle De France, Frédégonde, Tseu Hi… Ce n’est pas seulement le talent des auteurs qui est en cause – Simona, Arnaud et Carlos sont de grands auteurs – mais aussi le personnage de leur héroïne – Aliénor est exceptionnelle, ou, du moins, ils en ont fait un personnage d’exception !!!

 

 

Pour une fois, dans cette histoire pourtant connue, le bon n’est pas ce roi Louis VII, éduqué pour être religieux et père de Philippe Auguste et la légère n’est pas cette sudiste Aliénor d’Aquitaine que l’on présentait trop souvent comme une femme futile… Tout était plus complexe… et c’est souvent cela l’histoire ! Quant aux femmes, royales ou pas, on les a trop souvent ignorées, méprisées, sous-estimées… Au moins, là, Aliénor existe par elle-même !

 

Donc c’est bien à lire et faire lire et comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du 13 08) : Isadora Duncan

L’été c’est fait pour lire et grâce à la collection  Grands destins de femmes, malheureusement disparue aujourd’hui dans l’indifférence totale des hommes, je vous propose quelques bandes dessinées qui retracent avec talent et efficacité des vies de grandes femmes de notre humanité. Après une philosophe, une physicienne et une botaniste, voici donc une danseuse…

 

La danse est l’art éphémère par excellence. Quand la danseuse a dansé, quand elle a terminé de virevolter au rythme de la musique, il ne reste rien ! Isadora Duncan a laissé son empreinte dans les mémoires humaines, c’était il y a longtemps, et, pourtant, avec cet album la voilà la belle Isadora qui occupe l’espace… Fascinant !


Jules Stromboni, le dessinateur, a trouvé un mode graphique dynamique et rien n’est figé au cœur des cases. Les pages consacrées à la jeunesse de la danseuse sont extraordinaires et feront référence dans l’histoire de la bande dessinée. Le neuvième art n’est plus un cinéma de papier, c’est la vie tout simplement avec ses mouvements, sa musique… et c’est beau !


Elle dansait pieds nus, elle aurait souhaité s’affranchir des vêtements et pourtant elle est morte étouffée, étranglée par une écharpe… Le tissu se vengeait en quelque sorte !


Une jeune autrice pour rendre hommage à cette femme libre dans sa vie, libre dans son art, Josépha Mougenot ; un dessinateur confirmé qui a surpris son petit monde lors de son Sherlock Holmes, Jules Stromboni ; un ensemble totalement réussi qui enchantera les lecteurs…

 

Cet album, Isadora Duncan, est absolument à découvrir, lire et faire lire car il présente une magnifique artiste, traite de la danse en image fixe et est une source de bonheur pour le lecteur… et comme l’été c’est fait pour lire… Bonne lecture !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 13 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du 13 08) : Maria Sybilla Meria

L’été c’est fait pour lire, certes, je vous le dis toujours, mais aussi pour redonner aux femmes la place qu’elles méritent dans l’histoire de l’humanité… Là, avouez, ce n’est pas gagné ! Faites le test avec vos amis, jouez à trouver le plus de femmes célèbres dans les sciences…

 

Il faut bien avouer qu’être présente dans notre mémoire collective n’est pas si facile pour une femme surtout s’il s’agit d’une Allemande – née en 1647 à Francfort-sur-le-Main – qui a vécu entre trois régions différentes, l’Allemagne, les Pays Bas et le Suriname…


Il faut dire aussi que Maria Sybilla Merian, n’a pas facilité la tâche des historiens… Elle fut naturaliste, botaniste, artiste… ce qui n’était pas si simple au 17eme siècle. Son père lui a fait confiance, lui a permis de faire des études, lui a ouvert une porte par laquelle elle s’est engouffrée par sa curiosité, son talent et son travail ! Oui, son père a été un personnage clef pour lui permettre de s’épanouir comme quoi certains hommes croyaient en la force des femmes, en leur talent, en leurs capacités et il avait du se battre contre le reste de la famille…


Figure remarquable de l’histoire naturelle, considérée comme la mère de l’écologie moderne, son destin est mis à l’honneur par ce travail de Yannick Lelardoux qui nous plonge dans l’histoire de cette femme, sous la forme d’un journal intime dessiné.


Fascinée par les insectes et toutes autres créatures vivantes depuis qu’elle est enfant, Maria va partir à la découverte d’un nouveau monde. Une aventure humaine dont le moteur essentiel fut une volonté de fer car à cette époque, une femme ne pouvait pas décider d’elle-même ce qu’elle pouvait faire…

 

Une belle façon de s’ouvrir au concept de biodiversité… Comme quoi la bande dessinée ouvre à tout et puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 13 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du 13 08) : Marie Curie

Puisque l’été c’est fait pour lire, puisque je mets aujourd’hui à l’honneur les femmes dans notre histoire, la bande dessinée et une collection Grands destins de femmes, allons plus loin et tentons de présenter tous les albums de cette collection que j’ai lus et appréciés… Après une philosophe, une scientifique !

 

Marie Curie est une scientifique universellement connue mais les auteurs de cette bande dessinée, Laura Berg et Stéphane Soularue, insistent beaucoup sur sa jeunesse et sa formation. On ne devient pas Marie Curie par hasard. Des parents enseignants, une ambiance familiale studieuse, l’occupation de Varsovie par les Russes, la perte de la maman et d’une sœur, la persévérance dans les études, la motivation du père pour que chacun de ses enfants aille le plus loin dans ses études… Enfin, la passion des sciences puis la France…


Il y a aussi, bien sûr, Pierre et son ombre car c’est bien dans son ombre que Marie va travailler, chercher, s’user… La radioactivité, les découvertes et la lumière qui arrive… Il faudra néanmoins que Pierre décède accidentellement pour que l’on propose à Marie d’exister officiellement comme femme scientifique. On lui offre la chaire de son mari à la Sorbonne… Cruauté de la vie, la perte de l’homme de sa vie lui ouvre cette porte de la reconnaissance…


Une très belle narration graphique où les dessins pleine page viennent rythmer l’histoire, où les couleurs participent efficacement au récit… Un album qui vient redonner sa place à part entière à une scientifique hors normes et une femme exceptionnelle !

 

Alors, puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 13 août 2019

L'été c'est fait pour lire : Kiki de Montparnasse

L’été c’est fait pour lire et comme je parlais hier de l’Histoire des Françaises, ouvrage d’Alain Decaux, j’ai eu envie de vous parler de femmes célèbres – ou moins – mais dont la vie est abordée en bande dessinée. Olympe de Gouges, Kiki de Montparnasse, Catherine de Médicis, Aliénor d’Aquitaine, Marie Curie… Je ne vais certainement pas pouvoir parler de tous ces merveilleux albums et de ces femmes qui ont fait notre histoire, du moins qui ont participé activement, mais je vais commencer aujourd’hui par Kiki de Montparnasse, égérie d’artistes dont certains se souviennent peut-être…

 

 

C’est avec l’ouvrage Kiki de Montparnasse que Catel s’est entièrement révélée au Grand Public ! D’autrice de qualité elle est devenue autrice reconnue et de qualité !

 

J’avais bien entendu Juliette chanter les qualités d’une certaine Kiki de Montparnasse, mais je ne voyais pas de qui elle parlait… Un soir, lors d’un cocktail officiel, vous savez ces petits moments où l’on ne sait jamais s’il faut manger, s’asseoir ou parler, et où l’on finit par tout faire de façon imparfaite, Catel Muller, la co-créatrice de Lucie, me confiait qu’elle était en train de travailler sur Kiki de Montparnasse avec José-Louis Bocquet… Je me disais alors qu’il était grand temps de savoir qui était cette femme… C’est dans un ouvrage de peinture, Artistes de Montparnasse, que je découvre quelques lignes qui m’ouvrent, que dis-je, m’entrouvrent la porte de la connaissance de Kiki. Mais c’est très succinct :


« Kiki est l’égérie de Montparnasse. Timide et gouailleuse à la fois, follement amoureuse de Man Ray, mais libre de ses nuits, Kiki était une figure de proue de toutes les fêtes de Montparnasse. Elle vivait entre les cafés et les ateliers où elle posait, modèle aux mille visages qui fit les belles heures de Foujita ou Kisling. Lee Miller disait d’elle : C’était une vraie gazelle, elle avait un teint extraordinaire sur lequel on pouvait mettre n’importe quel maquillage. »


Bien sûr, l’ouvrage proposait quelques illustrations dont quelques photos de Man Ray, cet homme dont elle était raide amoureuse. Je découvris ainsi Le violon d’Ingres, photocollage de 1924 qui nous fait découvrir Kiki nue de dos…

 


Je savais qui était Kiki mais je ne voyais pas encore ce que Catel et José-Louis pourraient bien faire de ce destin de femme légère, de modèle… Mais je n’allais pas tarder à le savoir, car, un jour, je reçus cet ouvrage, Kiki de Montparnasse, une biographie en bédé au format roman dans la collection Ecriture de chez Casterman… Une biographique !


Dès la première planche, on est touché, saisi par le ton de la narration graphique. C’est sobre, efficace, ça sonne juste, ça nous parle au cœur, c’est pur, bouleversant… et nous faisons connaissance avec la mère de Kiki, au moment où elle s’apprête à accoucher… enfin, presque !
Kiki va grandir, enfin, on l’appelle encore Alice à cette époque… Catel a réussi à lui donner une âme, un corps, une vie, un mouvement, en simplifiant les traits mais en permettant de l’identifier tout au long de son cheminement terrestre, elle va prendre des ans, les traits la feront vieillir, mais on la connaît, on la reconnaît, enfin, on l’aime tout simplement…


C’est d’ailleurs une performance bien délicate pour la dessinatrice tant on a l’habitude dans la bédé de ne pas faire vieillir ses personnages. Là, c’est le contraire, chaque chapitre elle vieillit, 1901, 1911, 1913, 1916, 1918, … jusqu’en 1953, année de sa mort…


Le gros de cette biographie va nous plonger dans les années vingt, les années resplendissantes de Montparnasse mais de Kiki aussi. C’est toujours intéressant de lire un tel ouvrage car chaque fois que Kiki rencontre un personnage célèbre, et ils ne vont pas manquer, Catel le dessine et nous donne un avant-goût de son travail, revu et corrigé par elle. Il s’agit donc d’un travail humain – un destin de femme exceptionnel – d’un livre historique – indiscutablement bien documenté – d’un ouvrage artistique – nous saurons tout des photographes et peintres de cette époque, du moins ceux qui sont passés par Montparnasse – et, enfin, d’un livre littéraire – Eluard, Aragon, Tzara, Breton, Desnos sont tous là pour nous ramener à ces textes que nous aimons tant…


Oui, j’ai été séduit par la vie de Montparnasse malgré ses excès, par ces artistes qui avaient souvent perdu le sens des réalités, par cette Kiki qui ne sut, tout au long de sa vie, que vivre à fond sans jamais prendre de précaution. Elle en mourra, alcoolique, droguée, sans voix, seule, abandonnée, sans le sou, mais en ayant toujours vécu libre sans se soucier du lendemain. J’ai aussi été fasciné par la qualité de ce récit, par la narration graphique, cet usage merveilleux du noir et blanc, par les informations distillées à bon escient, avec talent… Catel et José-Louis Bocquet nous montrent qu’il est vraiment possible de faire du documentaire en bédé et je suis heureux de vous conseiller cet ouvrage magnifique, Kiki de Montparnasse !


L’ouvrage est complété par une chronologie complète et une série de petites monographies sur les acteurs les plus importants de la vie de Kiki… C’est parfait !

 

 

Voilà pourquoi, même plusieurs années après sa sortie en librairie, je vous propose de lire et offrir cet ouvrage, Kiki de Montparnasse, qui sera suivi par d’autres biographiques dessinées par Catel : Olympe de Gouges, Ainsi soit Benoîte Groult, Joséphine Baker… et puisque l’été c’est fait pour lire… Bonne lecture !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 12 août 2019

L'été c'est fait pour lire : Imbroglio

L’été c’est fait pour lire et parfois c’est aussi l’occasion de grands festivals comme Chalon dans la rue, pour nous les Chalonnais. Il y a donc quelques jours, à Chalon, j’ai pu assister à une représentation du collectif Lapin 34, Broglii. Pourquoi vous en parler ici dans cette chronique livresque ? Tout simplement parce que ce spectacle est l’adaptation d’une bande dessinée de Lewis Trondheim, Imbroglio… et, pour une fois elle est bien disponible et très accessible par le prix…

 

 

Commençons par parler de cette bande dessinée. Son format est petit, c’est dans la collection Patte de Mouche de L’Association et il n’y a que 22 planches, 22 petites planches… Par contre, en si peu d’espace, avec si peu de personnages, essentiellement 3, et quelques accessoires, l’histoire comporte une multitude de rebondissements, de surprises, de loufoqueries, de gags tragi-comiques… Bref, Lewis Trondheim s’est visiblement bien amusé à écrire et dessiner cette histoire.

 

On pourrait résumer – mais faut-il vouloir toujours résumer les livres – en disant sans casser le suspense – car il faut préserver toutes les surprises que vous allez vivre avec cet ouvrage – qu’il s’agit bien d’un triangle amoureux… C’est aussi l’illustration de la devise globale de ma grand-mère, et je la cite dans le texte : « ce qui fait tourner le monde est très simple : le pouvoir, le fric et le cul ! ». Au moins, c’est dit et c’est clair !

 

Donc, une femme et deux hommes vont vous faire vivre une application concrète de cette humanité sans pour autant tomber ni dans une histoire pornographique, ni dans une série de meurtres sanguinaires, ni dans des considérations financières sans fin… ici, tout est simple… très simple…

 

Enfin, pour clore sur la partie bédé, on va avoir l’illustration parfaite que pour raconter une bonne histoire BD – j’ai réellement le sentiment que c’en est bien une – il ne faut pas avoir un graphisme de ouf… Il faut juste savoir raconter en dessin… La fameuse narration graphique !

 

Quand François Chevallier, acteur et metteur en scène, va lire cette bande dessinée il va instantanément comprendre qu’il tient là la trame magique d’un spectacle car «il y a dans ce scénario la folie dessinée de la BD, les rebondissements du vaudeville, l'emphase et l'assurance des héros du théâtre classique ainsi que l'alternance du calme quotidien et de l'ultra violence présente dans les films de Tarantino. » Il va donc en faire un spectacle, celui qui a été représenté lors de Chalon dans la rue 2019… Broglii !  

 

Pour cela, il va prendre le texte, les intentions et l’esprit de Lewis Trondheim pour faire jouer en quelques minutes cette histoire… Pas assez long pour un spectacle de Chalon dans la rue… Il transforme alors l’affaire en exercice de style et après la version Trondheim classique, imagine une version à l’antique, une autre à la manière de Labiche au XIX° siècle, une autre cinématographique à la Tarantino et, enfin, une version BD… Mais, là, trop long pour un spectacle dans la rue… Qu’à cela ne tienne, le public choisira ses versions du jour, 3 à chaque spectacle… Il faudra revenir plusieurs fois pour avoir la complète…

 

Si vous avez vu ce très bon spectacle de Chalon dans la rue, la lecture de cette bande dessinée prolongera le plaisir… Si ce spectacle vous a jusqu’alors échappé, vous allez le regretter mais vous consoler avec la lecture d’Imbroglio

 

Dans tous les cas, puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 4 août 2019

L'été c'est fait pour lire : Pietrolino

L’été c’est fait pour lire et c’est aussi un temps particulier pour tous ceux qui aiment les festivals, en particulier Chalon dans la rue et les arts de la rue… Oui, Chalon dans la rue a été ouvert hier soir, le trente-troisième du nom, et aujourd’hui il va falloir en profiter ! Néanmoins, comme tout le monde n’y viendra pas, pour des raisons qui vont de la santé jusqu’au manque de temps, de l’éloignement à l’agoraphobie, voici une lecture qui reste en lien avec Chalon dans la rue et les arts de la rue…

 

 

 

Il s’agit d’abord d’une bande dessinée exceptionnelle car quand un scénariste de génie rencontre un dessinateur de bonheur, le résultat de leur travail ne peut que transporter le lecteur au pays des merveilles pour un instant, instant d’une lecture pure et douce, pleine d’émotion et de douleur, car nous sommes bien dans une histoire tragique et dans le récit d’un destin douloureux…

 

Oui, traitons bien de ce sujet capital : arts de la rue, cirque, poésie, humanisme ne riment pas avec mièvrerie, douceur de vivre, fadaises en tout genre ou je ne sais quelle bêtise… La beauté, la grandeur d’une œuvre, l’exceptionnalité d’un ouvrage, relèvent plus du drame humain exprimé que d’un esthétisme quelconque… Donc, c’est sûr, là, on est dans du grand !!!


A tous ceux qui s’inquiètent, déjà, du nombre d’albums pour cette série, car on est lassé de ces flux sans fin de bouquins qu’on ne sait plus ou ranger, de ces histoires qui n’en finissent pas de se terminer, des ces attentes sans fin pour savoir l’issue de ces narrations qui nous ont séduits… je serai donc rassurant il n’y a que deux albums à lire, donc n’hésitez plus, partez en notre compagnie, Pietrolino et Alma sont là… Ils vous attendent…


Pietrolino est un clown, un mime, que l’histoire a placé, par hasard, en France sous l’occupation nazie. Il tente avec une femme et un nain de faire rire, sourire, dans la rue, dans les restaurants… C’est laborieux, difficile, parfois, car comment faire rire quand on est témoin des enlèvements, des déportations, des exécutions ? Pietrolino est un artiste engagé, si on peut dire, puisque qu’il ose, avec ces mains faire de la résistance. Si ! Un gant tricolore, un rouge et noir, la résistance contre l’occupant, un combat entre deux forces et un monstre ancestral qui s’écroule après une lutte épuisante… Mais, alors que le client commence à applaudir timidement… le monstre retrouve une vie avec un officier nazi qui explose de haine…


Comment pourra-t-il détruire cette résistance étonnante ? Comment réduire au silence deux mains qui s’agitent ? Comment stopper la création, l’émotion pour ramener tout le monde dans cette triste réalité de l’occupation ?


Je ne peux rien vous dire car Jodorowsky et Boiscommun vont vous faire souffrir, pleurer, hurler… et ce n’est là que le début de cette très belle histoire… Oh ! Je ne vous ai pas encore présenté Alma… Une enfant, enfin une fille de la balle ou presque… une jeune femme qui par son art tente d’apporter du bonheur, de faire naître des sourires… une artiste qui utilise un castelet, ce n’est pas le sien… Elle l’a récupéré, un soir de tempête, de larmes, de haine… Il appartenait à un géant courageux qui lui a donné le goût de relever la tête…


Oui, cette bande dessinée est si atypique que cela peut vous sembler ésotérique, inaccessible, poétique, élitiste mais en fait, c’est tout simplement un chef d’œuvre d’humanité, une des bandes dessinées les plus humaines que je n’ai jamais lues, une de celles qui font pleurer comme des fontaines sacrées mais qui redonnent du sens à nos vies, qui permettent le ressourcement de l’être… Une bédé que l’on se doit de lire pour comprendre comment cet art narratif est devenu adulte, resplendissant…


La narration graphique est d’une maturité exceptionnelle. Les paroles ne sont là que quand elles le doivent, la haine, la violence et la trahison peuvent bien souvent prendre consistance avec le dessin seul…


Alors que l’on croit être arrivé au bout des destins de Pietrolino et Alma… mais je ne suis pas là pour tout vous raconter ! Cette histoire montre aussi le destin de l’engagement politique – au sens propre du terme – dans l’art et le sujet est entièrement d’actualité quand on voit certains acteurs politiques vouloir dominer, orienter, guider ou supprimer les artistes… Oui, nous sommes à la fois dans l’intemporel et dans l’actualité ! En clair, une BD engagée pour parler de l’engagement…

 

 

Mais, après tout, malgré les difficultés, on peut toujours espérer que tout finira par s’arranger… Il faut savoir continuer à croire en la vie… Merci aux deux auteurs de nous avoir livré un tel éblouissement humain, une telle fulgurance épique… A lire ! A lire, encore ! A relire toujours ! A donner ! A offrir ! Alors, comme l’été c’est fait pour lire… C’est le moment de choisir, spectacle ou lecture de Pietrolino !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 25 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Double assassinat dans la rue Morgue

L’été c’est fait pour lire et voici, du moins je le pense sincèrement, ma dernière chronique liée à Edgar Poe. Oui, il faut bien en terminer à un moment… Ils sont nombreux ceux qui ont osé parler de Poe, ce fameux écrivain gothique et romantique. Oui, je dis gothique car je suis persuadé qu’aujourd’hui il le revendiquerait même si le mot n’avait pas du tout le même sens de son vivant…

 

 

Comment ne pas évoquer Charles Baudelaire qui a traduit et rendu célèbre cet auteur dans notre pays la France. Je suis incapable de qualifier sa traduction car je n’ai jamais lu Poe dans le texte, seulement transfiguré par le poète. Me manque-t-il un élément de Poe ? Je n’en sais rien mais je dois avouer que je ne tiens pas à abandonner ma traduction, celle que j’ai dans la collection La Pléiade, une des premières parutions de cette collection…


Passionné de bandes dessinées, comme vous le savez maintenant tous ou presque, j’ai toujours été attentif à ceux qui tentaient d’adapter Edgar Poe en bédé, en dessin animé ou en film… Et ce n’est pas si simple ! Enki Bilal, auteur d’une magnifique préface à une nouvelle de Poe [Le portrait ovale, ouvrage présenté hier] mise en image par Pascal Somon, disait en 2001, que le texte est « d’une richesse picturale à laquelle il ne fait pas bon de se frotter ». Oui, quelle folie de se lancer dans la mise en images d’un texte si expressif, si parlant, si évocateur…


Jean-David Morvan, directeur de la collection Ex-Libris aux éditions Delcourt, continue ici l’adaptation de grands auteurs en bandes dessinées :

- pour partager ses lectures préférées avec des lecteurs qui n’ont pas encore fait le pas décisif vers les « classiques » ;

- pour montrer que la bande dessinée n’est pas un art mineur mais tout simplement un mode narratif capable de se réapproprier les grands thèmes et les grandes œuvres comme le théâtre et le cinéma ;

- pour son propre plaisir et celui des auteurs avec lesquels il travaille à la création d’images qui font naître des nouveaux mythes.


Après avoir lu ce Double assassinat dans la rue Morgue, on se demande s’il sera possible de continuer à lire la nouvelle de Poe sans voir apparaître derrière les pages les personnages de Morvan et Druet en train de jouer au whist ?


Après avoir dévoré la bande dessinée (1 nouvelle, 1 album… et c’est tout !), je suis allé relire, une fois encore la nouvelle originale. En fait, Morvan est d’une très grande fidélité au texte d’Edgar Allan Poe. C’est surprenant ! Les images de Fabrice Druet sont d’une force exceptionnelle. Sa narration graphique est gothique à souhait sans en faire trop, le positionnement des vignettes, le cadrage, le dessin à proprement parler, tout navigue entre classicisme et modernité la plus dynamique. C’est très fort !


Ah ! L’histoire ? Vous ne l’avez pas lu ? Pour ne pas trop vous en dire, puisqu’il y a une intrigue policière, mode thriller, nous pourrions dire que tout commence avec la rencontre de deux hommes passionnés par un jeu de carte, le whist. « La force du whist implique la puissance de réussir dans toutes les spéculations bien autrement importantes où l’esprit lutte avec l’esprit ». Mais le jeu n’est que le prétexte de l’auteur pour se faire rencontrer deux hommes, les faire dialoguer et lancer, enfin, dans une enquête criminelle qui devra révéler qu’Auguste Dupin est capable par méthode et logique, sens de l’observation et réflexion intense, de trouver des solutions là où la police est tout simplement réduite au silence et à la stérilité…


Deux femmes sont assassinées rue Morgue, c’est incompréhensible, tout est fermé, il n’y a personne, c’est un véritable carnage… Il faut réfléchir… On est comme dans la genèse et la naissance des personnages comme Sherlock Holmes et Hercule Poirot, Rouletabille et Arsène Lupin…

 
On peut imaginer que le duo d’auteurs de cette très bonne bande dessinée puisse se lancer dans la réalisation d’un autre album où l’on retrouverait notre héros Auguste Dupin, la logique incarnée… Le mystère de Marie Roget ou La lettre volée… Mais il faudra attendre un peu, juste le temps nécessaire pour chacun d’entre nous de relire Histoires extraordinaires, Nouvelles histoires extraordinaires et Histoires grotesques et sérieuses de Poe !


Une excellente bande dessinée à lire et faire lire ! Et comme l’été c’est fait pour lire

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 22 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Le chat noir

L’été c’est fait pour lire et autant battre le fer quand il est chaud, donc continuons à parler des adaptations des textes d’Edgar Poe en bédé…

 

Comme je l’ai déjà dit et écrit, je suis assez sensible au style d’écriture et au genre d’inspiration de ce cher Edgar Poe. Cet écrivain américain est mort en 1849, le 7 octobre très précisément et c’est cent cinquante ans plus tard que cet album de bédé est sorti en France aux éditions Albin Michel, Le chat noir.


C’était à la fois un hommage à l’auteur de nouvelles, d’histoires comme il le dit lui-même, fantastiques et mystérieuses, policières aussi parfois. Je sais que, aujourd’hui, certains jeunes lecteurs s’éloignent de cet illustre auteur précurseur du gothique qui pourtant tente beaucoup de jeunes. Mais voilà, nous ne sommes plus à une période de lecture et nos jeunes contemporains préfèrent les images (je peux comprendre, mais essayez vite les textes de Poe, c’est fascinant !!!). Qu’à cela ne tienne, Horacio Lalia nous en offre de magnifiques et terribles…


Huit nouvelles, toutes réalisées en noir et blanc, ce qui est parfaitement adapté aux thèmes de Poe.
J’ai adoré Le chat noir (Nouvelles histoires extraordinaires), je suis resté plus réticent devant le Manuscrit dans une bouteille (Histoires extraordinaires), j’ai plongé avec délectation dans La barrique d’Amontillado (Nouvelles histoires extraordinaires), j’ai apprécié la maîtrise de l’adaptation de L’enterrement prématuré (désolé ce récit n’est pas dans mon ouvrage de référence car non traduit par Charles Baudelaire), j’ai lu avec attention Le portrait ovale car j’en ai une autre adaptation plus moderne par Pascal Somon (Nouvelles histoires extraordinaires), j’ai tremblé de peur et d’admiration dans La vérité sur le cas de monsieur Valdemar (Histoires extraordinaires), j’ai peu goûté Hop-Frog malgré une fin dotée d’une narration graphique assez tonique (Nouvelles histoires extraordinaires), enfin, j’ai été ébahi par le graphisme de la dernière adaptation, Le cœur révélateur (Nouvelles histoires extraordinaires). Cela fait un peu catalogue, mais que voulez-vous, Poe a écrit des nouvelles et donc même les adaptations sont souvent des recueils…


Du très bon travail qui devrait en réconcilier plus d’un avec cet auteur étonnant du dix-neuvième siècle traduit avec talent et romantisme par notre Charles Baudelaire national. Une fois encore, la bande dessinée, quand elle est exécutée par des grands artistes comme Horacio Lalia, montre qu’elle peut s’attaquer à tout y compris les grands classiques de la littérature mondiale…

 

Alors, il faut quand même dire un mot sur l’illustration en noir et blanc qui fait parfois fuir le lecteur rassuré par les couleurs… Bon, en même temps, on ne lit pas du Poe pour être rassuré ! Mais prenons le temps de lire ces illustrations sans a priori. Le noir et blanc est parfait pour ce type d’histoires, c’est expressif, c’est fort, c’est terrible (au sens propre du mot d’ailleurs) et après il vous arrivera peut-être même de regretter certaines mises en couleurs de bédés. C’est ce qui m’est arrivé quand j’ai découvert certains dessins de Richard Corben, grand maître de la bédé américaine, grand adaptateur d’Edgar Poe, à Angoulême à l’occasion d’une magnifique exposition : ces dessins en noir et blanc étaient d’une force incroyable alors que, mis en couleurs, ils perdaient en intensité… Bien, sûr, ce n’est que mon point de vue !

 

Encore une petit précision, vous n’allez pas pouvoir trouver facilement l’ouvrage, Le chat noir, pourtant de référence… Il vous faudra chercher d’occasion ce petit bijou et, en attendant, vous allez pouvoir découvrir ou redécouvrir ces textes d’Edgar Poe puisque l’été c’est fait pour lire ! Il est encore temps de vous y mettre !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 20 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Edgar Allan Poe en bande dessinée

L’été c’est fait pour lire et, hier, je vous parlais d’un certain Edgar Poe. En fait, je parlais de ses textes traduits par un illustre poète français, Charles Baudelaire… Edgar Poe est entré dans ma vie de façon assez rapide, un peu par hasard et il y est resté jusqu’à aujourd’hui…

 

Mon premier contact est très lointain. Il s’agissait d’un tout petit livre par le format, genre mini livre illustré pour enfant et le titre était mystérieux, du moins pour moi à l’époque : La lettre volée. Ne maitrisant pas trop la lecture, n’aimant pas lire à cette époque, je me construisais une histoire, tant bien que mal, avec les dessins… Le titre, lui, allait me rester en tête…

 

Quelques années plus tard, en classe de troisième, quand la lecture était devenue une activité essentielle, j’organisais une bibliothèque tournante pour la classe. Un des ouvrages était : Les aventures d’Arthur Gordon Pym de Nantucket par Edgar Poe, traduit par Charles Baudelaire… Ce roman, l’unique de Poe, allait immédiatement me séduire. Ce roman est un bijou et ceux qui aiment l’aventure devraient le lire tout de suite, encore plus s’ils aiment la phrase ciselée par Baudelaire… Je lisais tout Poe (ou presque) dans la foulée et me faisais offrir plus tard le Poe dans la collection La Pléiade… Mais Edgar Poe a aussi été magnifiquement adapté en bédé et plus d’une fois…

 

« Il y a quelques années, je me liai intimement avec un M. William Legrand. Il était d’une ancienne famille protestante, et jadis il avait été riche ; mais une série de malheurs l’avait réduit à la misère. Pour éviter l’humiliation de ses désastres, il quitta la Nouvelle-Orléans, la ville de ses aïeux, et établit sa demeure dans l’ile de Sullivan, près de Charleston, dans la Caroline du Sud. »


Oui, se lancer dans une adaptation d’Edgar Poe en bande dessinée est une opération délicate. Ce n’est pas si simple de choisir où l’on pratiquera l’ellipse – forme indispensable pour une telle aventure – et ce qui pourra être développé en image… Il fallait donc pour cette aventure un scénariste doté de talent et d’expérience, ce fut donc Roger Seiter qui s’y colla. Il est, entre autres, le créateur de Fog avec Cyril Bonin, de Dies Irae et Dark avec Max et de HMS avec Johannes Roussel… sans oublier Wild River et Mysteries avec Vincent Wagner… Une grande maitrise donc du scénario au service de Poe qui écrit toujours avec beaucoup d’images dans ses histoires…


Pour les faire passer des mots au graphisme, le choix du dessinateur se posait. Il ne fallait pas un artiste littéral qui n’aurait fait que de l’illustration, l’élu devait savoir participer à la narration avec un dessin qui aurait porté, lui aussi, une part de mystère. Les histoires d’Edgar Poe sont des récits courts qui se situent entre enquêtes policières, fables noires et parenthèses fantastiques… Tout devait se retrouver dans les albums, car il s’agit bien d’un début de série…


« Le Scarabée d’or » est très certainement l’une des histoires de Poe les plus connues et célèbres. Comme « La lettre volée », « Le puits et le pendule » ou « Le portrait ovale ». J’avais déjà lu des adaptations en bande dessinée de « Double assassinat dans la rue Morgue » ou « Le chat noir » mais il manquait le petit plus, le petit grain de folie ou de délire qui aurait permis de plonger directement dans Poe que je considère comme un des grands de la littérature… Cette fois, je crois que nous avons trouvé le duo qui va permettre à toute une génération de lecteurs de comprendre pourquoi Poe est un grand, pourquoi Baudelaire a voulu le traduire en français, pourquoi cet Américain est installé dans nos livres de littérature, en France, aux côtés des plus grands du dix-neuvième siècle…


Vous pourriez penser que je suis en train de perdre la raison, que j’exagère, que ce n’est que de la bédé, que du fantastique réchauffé avec un peu de couleurs… Alors, ouvrez cet album, prenez le chemin de la Nouvelle Orléans, puis, plus risqué, celui des bayous…


Le dessin sombre et fascinant de Jean-Louis Thouard, un Dijonnais, va vous conduire à une chasse au trésor prenante, délirante et angoissante…Même si vous connaissez déjà la nouvelle, vous allez la redécouvrir avec un nouveau regard, une nouvelle profondeur, des sentiments mitigés et des émotions fortes… Bref, la vie ne sera plus la même après la lecture du « Scarabée d’or » !

D’ailleurs, depuis, j’ai acquis un vaisseau et je navigue sur l’océan des songes…


Voici donc une première adaptation d’Edgar Poe en bande dessinée, trois nouvelles en un seul album,  et comme l’été c’est fait pour lire… à vous de jouer ! Je vous parlerai très vite d’autres adaptations de Poe en BD !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 18 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Petit Poilu

L’été c’est fait pour lire et comme il en faut pour tous les goûts mais aussi pour tous les âges, aujourd’hui ce sera le tour de ceux qui ne savent pas lire mais qui veulent, quand même, être autonomes dans leurs lectures. Oui, les petits veulent parfois lire seuls et la série Petit Poilu permet cela !

 

En effet, Pierre Bailly et Céline Fraipont, auteurs de bandes dessinées et couple dans la vie, ont écrit une bande dessinée, au départ pour leur enfant, sans aucun texte. La narration graphique seule permet de lire l’histoire sans difficulté, chaque case permettant la construction d’une phrase simple… ou complexe d’ailleurs car le dessin est si riche que le lecteur peut raconter beaucoup… Il le fera donc en fonction de son imagination, de son vocabulaire, de ses envies, de son temps disponible… Quand je lis un album de la série Petit Poilu à mes petits enfants cela peut durer parfois plus d’un quart d’heure… Quand on aime, on ne compte pas !

 

 

On ne compte pas ? Figurez-vous que l’éditeur et les auteurs ne comptent pas car il y a déjà 22 albums dans cette collection et, de plus, les albums sont aussi tirés en format plus petit et souple, donc à un prix tout à fait accessible ! Mais, maintenant passons au contenu de ces livres et parlons du tome 15 en particulier…

 

Tout d’abord, pour aider l’enfant à comprendre la série, il s’agit à chaque fois du récit d’une journée de la vie de Petit Poilu. Cela commence de façon rituelle par le réveil, la toilette ; le petit déjeuner, le cartable et le bisou du papa ou de la maman. Ainsi, la première page de tous les albums, 6 cases, permet de se mettre en route pour l’école…

 

Oui, Petit Poilu est écolier mais il est très difficile de lui donner un âge exact. Vu la taille du cartable, on peut imaginer qu’il est en grande section… mais il ne s’agit là que d’un avis personnel. Il va à l’école à pied et seul, comme un grand. On ne sait pas très bien où se trouve l’école car en fait, il n’y arrive que très peu souvent… Car c’est sur le chemin de l’école que notre petit héros va avoir le déclic de la nouvelle aventure… Une rencontre, un coup de vent, du brouillard, une flaque d’eau sur laquelle il se penche… et, hop, l’aventure est là !

 

 

Le moteur de l’aventure, est toujours la curiosité. C’est elle qui va faire connaitre à Petit Poilu une nouvelle expérience, un nouvel aspect de la vie, une émotion… Là, par exemple, dans le tome 15, L’expérience extraordinaire, tout commencera avec un soleil étonnant, digne de nos journées de canicule, avec une chaleur qui pousse doucement Petit Poilu vers le mirage ou quelque chose de ce genre… Il fait si chaud qu’il voit une piscine et plonge dedans !

 

Mais, à partir de ce plongeon initial et refroidissant, Petit Poilu est entrainé dans le laboratoire d’une savante surprenante qui fait des expériences sur des enfants, des garçons et des filles… Figurez-vous qu’elle les saupoudre de farine rose ou bleu pour les obliger à choisir des jeux fille ou garçon… Mais il semblerait que tout ne fonctionne pas très bien et que Petit Poilu préfère tantôt les jeux de garçon, tantôt les jeux de fille…

 

Oui, car il y a bien une morale dans chaque album de la série Petit Poilu, et ici, c’est que les garçons et les filles peuvent jouer aux jeux qui leur font envie sans se soucier de savoir si c’est pour fille ou pour garçon ! Pour rester dans une actualité récente, oui, les petites filles ont le droit de jouer au foot dans la cour de récréation… mais ce n’est pas encore gagné !

 

 

Enfin, Petit Poilu arrivera à se sauver du laboratoire maléfique et la dernière page rituelle sera le retour à la maison après la journée d’école avec ici, bain, repas et coucher… On découvrira en cours d’album un autre rituel quand Petit Poilu a un petit coup de mou, la photo de maman qui est dans le cartable…

 

Un très bel album, une excellente série pour les petits… et leurs parents, familles, accompagnateurs ! Alors, comme l’été c’est fait pour lire

 

(il existe aussi une version en dessin animé)

Imprimer - - par Bonnet Michel - 15 juil 2019

L'été : une BD sur le tour à ressortir c'est d'actu !

Le tour de France est d'actualité ce jour avec l'étape https://www.babelio.com/couv/cvt_Le-tour-des-Geants_2025.jpegBelfort-Chalon-sur-Saône. Pourquoi ne pas ressortir une ancienne B.D. de Nicolas Debon (10 ans déjà !) relatant le tour de France de 1910 ... quand la crevaison était toute une affaire et que les coureurs devaient réparer par eux-mêmes, qu'ils rencontraient sur leur parcours un fiacre, une poule, un chien !  Qu'ils manquaient aussi de panneaux de signalisation et vous découvrirez les méchancetés des supporters contre les adversaires ... cette époque verra s'opposer surtout 2 pointures : Lapize contre Faber.

De vrais performants au regard du manque de logistique, des conditions difficiles et du poids de vélos très rudimentaires ... de vrais champions !

Imprimer - - par ANTUNES Laure - 12 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Henriquet, l'homme-reine

L’été c’est fait pour lire et l’histoire peut et doit avoir une grande place dans nos lectures estivales. En effet, savoir d’où l’on vient, qui on est, comment notre peuple est devenu ce qu’il est permet de comprendre le présent, de construire l’avenir et de transmettre à nos enfants une vie humaine ! Par exemple, comprendre comment la France a absorbé de nombreux étrangers, migrants et autres humains de passage nous pousse à envisager la façon de construire demain avec les migrants d’aujourd’hui… Etudier les fameuses et tragiques guerres de religion nous aide à travailler à la paix demain entre tous les habitants de notre terre dans le respect de chacune des religions… Voir l’humanisme s’installer tant bien que mal à la Renaissance nous conforte et nous évite la dépression aujourd’hui… Bref, l’histoire est la voie de la sagesse à condition de diversifier ses sources, de lire, étudier et visiter sans jamais se laisser aller à la facilité !

 

Certains d’entre vous ont peut-être lu l’ouvrage romancé Charly 9 de Jean Teulé ou son adaptation en bédé signée Richard Guérineau… Bien sûr, c’était une vision déjantée de l’histoire ou une version réaliste d’une période déjantée… Ce qui est certain, c’est que l’on faisait connaissance d’une famille fracassée de notre histoire, Catherine de Médicis, épouse d’Henri II, et de leurs enfants, François II, Charles IX, Henri III, François duc d’Alençon et la fameuse reine Margot. Je ne vous résume pas tout le contexte avec les Guerres de religion, le massacre de la Saint-Barthélemy, l’existence d’un certain Henri de Navarre, la présence d’un duc de Guise des moins sympathiques… Bref, des temps odieux et bien pénibles pour les habitants de ce beau pays, la France, qu’ils soient fidèles à Rome ou Réformés…

 

Figurez-vous que Richard Guérineau n’a pas réussi à abandonner tout son petit monde à la mort de Charly 9 et il a décidé de faire une suite sans s’appuyer sur un roman qui n’avait pas été écrit… Voici donc Henriquet, l’homme-reine, l’ouvrage en bédé qui permet d’arriver au règne d’Henri IV, le Navarre devenu roi de France pour une messe, disait-on dans mon histoire de France quand j’étais enfant…

 

 

Richard Guérineau ne s’est pas contenté de faire vivre quelques personnages de façon légère pour faire une suite sans saveur. En fait, il a réalisé un gros travail historique pour comprendre la fin de cette période et reconnaissons qu’elle fut tout sauf simple ! Henri III est un roi qui se prête à la caricature sans aucun problème grâce à ses mignons, au bilboquet et à sa mort glauque… Mais, la force de cette bande dessinée est de présenter les grands problèmes de façon finalement très astucieuse, intelligente, historique, précise… Or, les Guerres de religion, les trahisons de François d’Alençon, la Ligue, l’assassinat du duc de Guise… tout cela n’est pas simple à raconter… D’ailleurs, qui d’entre nous s’en souvient ? Qui pourrait résumer cette période de la fin du seizième siècle ?

 

La force de Richard Guérineau c’est de jouer de cette époque avec talent. Elle est à la fois outrancière comme la littérature de Rabelais et finement respectueuse comme les Essais de Montaigne. Du coup, dans Henriquet, l’homme-reine, on navigue entre description gargantuesque et analyse philosophique digne de Montaigne, entre dialogue rabelaisien et dialogue à la manière de Montaigne et la Boétie, bref un magnifique ouvrage qui redonne à cette époque sa truculence et sa profondeur ! J’ai adoré !

 

Comme l’été c’est fait pour lire, en plus de ces deux bandes dessinées, Charly 9 et Henriquet, l’homme-reine, ce pourrait être l’occasion de lire un ouvrage plus profond et solide comme Les derniers Valois de Janine Garrisson, La Ligue de Jean-Marie Constant ou tout simplement l’Henri III de Jean-François Solnon… Je sais, cela fait beaucoup, mais je n’ai pas dit qu’il fallait tout lire, il ne s’agit seulement de quelques pistes pour aller plus loin sur cette « douce » période !

 

Bonne lecture et à très vite !    

Imprimer - - par Bonnet Michel - 10 juil 2019

L'été c'est fait pour lire :Pilote (Mâtin, quel journal !)

L’été c’est fait pour lire et rien ne nous empêche de relire, beaucoup relire y compris la bande dessinée. Il faut dire qu’une relecture c’est toujours ou presque un nouveau voyage, une nouvelle expérience, un nouveau regard sur une œuvre et c’est cette année qu’il faut oser, soixante ans après, relire les premières histoires du magazine Pilote dont le premier numéro est sorti fin 1959 !

 

 

En France, je ne sais d’ailleurs pas comment cela se passe à l’étranger, nous aimons bien les querelles entre les anciens et les modernes. On a eu cela en poésie, en théâtre, en roman… et donc en bande dessinée ! Certes, le débat fut aussi franco-belge et pas seulement franco-français. En effet, plusieurs magazines jeunesse proposaient après la Seconde Guerre mondiale de la bande dessinée, en particulier Spirou et le Journal de Tintin. Ces deux titres étaient réalisés en Belgique mais étaient bien lus en France, au Pays-Bas et au Luxembourg aussi… Tout cela semblait ronronner paisiblement quand soudain le temps devint orageux et Pilote arriva…

 

Attention, il ne s’agissait pas au départ d’une aventure commerciale mais bien d’une volonté de créer un séisme dans le monde de la bédé : pouvait-on innover, écrire de nouvelles histoires, atteindre une maturité confirmée, offrir des aventures en BD mais pour un public ado+ et adulte ?

 

 

 

Pour relever le défi il fallait des auteurs prêts à tout, des aventuriers du papier, du texte et du dessin… On les a rapidement trouvés et ils se nommèrent : René Goscinny, Albert Uderzo, Jean-Michel Charlier… En fait, les deux initiateurs fous et visionnaires sont François Clauteaux (publiciste et éditeur) et Jean Hébrard (dit le Quatrième mousquetaire). Ce sont eux qui vont oser l’aventure…

 

L’aventure en question ne commence pas si bien car très vite, le journal est en quelque sorte piégé par le retour des invendus et il s’endette très vite… En quelques semaines, on est au bord du gouffre et, malgré la publicité sur les ondes de Radio-Luxembourg, le journal est vendu 1 Franc symbolique à Georges Dargaud qui devient le propriétaire de la revue à partir du numéro 60 ! Mais l’esprit n’est pas détruit, bien au contraire surtout quand René Goscinny devient directeur de la revue et Jean-Michel Charlier directeur artistique… L’arrivée de Cabu en 1961 est la petite goutte de folie qui vient rendre le mélange explosif et génial aussi !

 

Si les anciens savent bien de quoi je parle – et quant à moi j’ai découvert Pilote grâce à mon père lecteur des premiers numéros – il est quand même temps que je vous cite quelques-unes des belles histoires que les lecteurs ont découvertes à cette époque héroïque : Astérix le Gaulois, Tanguy et Laverdure, Achille Talon, Blueberry, Valérian… puis, au fil du temps : Barbe-Rouge, Dingo dossiers, Rubrique-à-brac, Petit Nicolas, Lucky Luke (transfuge de Spirou)… Ce fut donc, on peut l’affirmer, une pépite de talents, une source de bonheur pour les lecteurs et un lieu d’effervescence créative… du moins, jusqu’à la mort du magazine. Pilote disparait définitivement en 1989 après trente ans d’aventures incroyables, « Mâtin quel journal » !

 

 

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, il est grand temps de vous y mettre ! Il faut découvrir et redécouvrir ces histoires et je vous donne quelques pistes si vous ne savez pas par où commencer : Astérix et Cléopâtre, L’escadrille des cigognes, l’intégralité des Petits Nicolas, la série Blueberry en entier… Mais ce n’est là que mon avis, très personnel et donc subjectif, et je ne me fâcherai pas avec ceux qui mettront La Rubrique-à-brac en premier et Le concombre masqué en deuxième… Dans Pilote, comme dans le cochon, tout est bon à part ce que l’on n’aime pas ! C’est dit !

 

Donc, très bonne lecture et à très vite !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 6 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Gargantua

L’été c’est fait pour lire et cela autorise tout ou presque, de la bédé aux grands classiques, du texte littéraire pur à la version illustrée et je ne vais pas m’en privé, je vous le dis clairement…

 

Quand j’étais petit – ça me fait toujours rire de commencer une chronique littéraire de cette façon – je trouvais que les histoires de géants étaient les meilleures… C’était comme une sorte de prémonition de mes 1m85 et plus de 100 kilos… Allez savoir !

 


Je suis tombé, un jour, sur une première version illustrée de Gargantua. C’était assez simple, basique devrait-on préciser, mais si le texte n’était pas complet, les dessins assez explicites pour me faire entrer dans la magie rabelaisienne qui m’allait parfaitement : « A table ! »…

 

 

 

Ma chance fut alors d’avoir un père – oui, il faut bien parler de son père de temps en temps, ne laissons pas cela qu’aux romanciers contemporains – qui aimait passionnément cet auteur de la charnière entre Moyen-âge et Renaissance. Il en avait compris toute la finesse et la subtilité, la profondeur et la foi… Du coup, merci mille fois, je me suis retrouvé avec le texte original très jeune, sans censure, sans interdit… Très vite aussi, je naviguais entre vieux français et langue contemporaine…

 

Le chapitre XIII de Gargantua, «Comment Grandgousier connut l’esprit merveilleux de Gargantua à l’invention d’un torchecul», me permit de surprendre mon petit monde – enfin, il devenait possible de parler du pipi et du caca devant tout en citant un auteur classique – et d’entrer en littérature comme d’autres sont entrés dans les ordres. En troisième, je recevais mon premier volume de La pléiade, et surprise, c’était l’œuvre complète de Rabelais… Mais depuis je pensais que cette page était refermée à tout jamais. Parler de Rabelais en société, ce n’est jamais terrible car les mots rabelaisien, gargantuesque et pantagruélique sont assez péjoratifs. Rabelais sommeillait en moi… quand soudain…


Un professeur de français faisait appel à moi… « Dis, toi, tu aimes Rabelais… Non, ne dis pas le contraire, je sais… Dis, tu ne voudrais pas faire quelque chose pour m’aider, Rabelais est au programme de cinquième… Je n’aime pas ça, je ne l’ai pas lu en entier et je ne sais pas comment faire… » Comme c’était une amie, je suis monté dans mon grenier intérieur et j’ai réveillé mon vieil ami et il m’a crié : « A boire ! »… et nous sommes descendus à la cave ensemble… Cela peut vous sembler imagé, mais c’est assez proche de la vérité tant il est agréable de partager la « dive bouteille » avec l’auteur lui-même…


Mais comment faire pour initier des jeunes enfants de cinquièmes, une douzaine d’années au compteur, à une telle littérature, dans une école privée catholique de surcroît… La question était délicate et une fois décidé à relever le défi, j’ai commencé par relire les textes de Rabelais. Je me suis rendu compte de la modernité extraordinaire de cette œuvre. Les thèmes ne pouvaient qu’être acceptés par les jeunes, à condition d’y mettre quelques formes : liberté, foi, culture, vie collective, éducation, guerre, humanité… Oui, Rabelais était bien ce génie qui avait illuminé ma jeunesse… Mais comment faire la passerelle entre jeunes lecteurs et texte en vieux français… Comment leur donner l’envie et le désir de philosopher si jeune… C’est alors que je suis tombé, dans ma librairie préférée, sur une bande dessinée de Battaglia, Gargantua et Pantagruel… «Mais c’est bien sûr !» m’écriais-je, à la surprise de tous les clients…


Cette bande dessinée est une pure merveille. Elle est réalisée par un homme qui est d’abord amateur, amoureux même, de Rabelais. Il respecte tellement le génie rabelaisien qu’il a préféré choisir des scènes entières quitte à mettre des textes de transition pour faciliter la navigation du lecteur, plutôt que de faire un résumé fade et sans sens… Le dessin est fait à l’aquarelle, les personnages sont très crédibles pour tous ceux qui aiment les créatures de Rabelais. Certaines séquences peuvent sembler un peu statiques à ceux qui ne connaissent et n’aiment que la bédé d’aventure, mais au bout de quelques planches on découvre que le mouvement, la vitesse et l’énergie sont bien présents mais parfois avec un petit côté cérébral… Rabelais reste quand même Rabelais, même en bande dessinée…


Le travail avec la classe fut de très bonne qualité car, très rapidement, les jeunes ont compris la force de Rabelais. Nous avons pu, ainsi, en trois séances d’une heure, parler de vocabulaire, de philosophie, de religion… Ma collègue était bluffée. Depuis trois ans, nous répétons ensemble ce travail que nous avons perfectionné. En cinquième, oui à douze ans, il devient possible de parler de la foi, de la liberté de pensée, de croire, d’évoquer humanisme et dictature, guerre et paix… et la bande dessinée de Battaglia, très respectueuse des ouvrages de Rabelais, nous a facilité ce travail. Qu’il en soit remercié ici, ce cher Battaglia…


Quant à vous chers amis, sachez que depuis Rabelais reste bien mon invité et que dès l’année universitaire prochaine, je serai invité au moins deux fois à aborder cet auteur, à Chalon et au Creusot…

 

En attendant, avec ou sans bonne dessinée, n’hésitez pas à lire ou relire Rabelais ! Et, comme l’été c’est fait pour lire, c’est le moment rêvé !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 4 juil 2019

Dessin : Décès de Mordillo...

Le dessinateur humoristique argentin Guillermo Mordillo est décédé à 86 ans sur l’île espagnole de Majorque. Je n'étais pas un spécialiste de son travail mais puisqu'il est mort en pleine coupe du monde féminine de football, regardons ensemble un de ses dessins sur ce sport qu'il a beaucoup dessiné (et aimé je pense !)...
Imprimer - - par Bonnet Michel - 3 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Robinsons, père & fils

L’été c’est fait pour lire et rien de tel qu’une nouvelle version de Robinson sur son île pour animer nos lectures estivales. Si cette version est en plus une bande dessinée adaptée aux ados, aux ados plus et aux adultes, alors nous tenons peut-être là un ouvrage à partager en famille cet été !

 

Didier Tronchet est un auteur de bandes dessinées et de romans, qui vient d’adapter en bande dessinée son propre texte, Robinsons, père & fils. J’ai bien dit « récit » car il s’agit de raconter un épisode de sa vie quand il est parti sur une île peu connue, au large de Madagascar, l’île aux nattes. Il y est allé avec son fils de 13 ans sans savoir combien de temps il y resterait, ni même s’il en reviendrait… C’était une façon d’aller à sa propre rencontre, de découvrir son fils, de comprendre sa vie… Bref, réaliser le fameux mythe de partir sur une île déserte…

 

Bon, tout d’abord, cette île n’était pas réellement déserte même si sa population était faible, même si quelques touristes y faisaient escale… D’ailleurs, son fils Antoine trouvera une école pour suivre sa scolarité, avec un transport scolaire en bateau traditionnel, sur l’île voisine de Sainte-Marie. Une belle vie en quelques sortes avec plage, soleil et plongée à volonté… Qui n’a pas rêvé d’une telle adolescence ?

 

Pour le père, c’est plus complexe. Certes, il a pris une petite réserve de livres – Quels sont les livres que tu prendrais pour aller sur une île déserte ? – mais il est surtout assailli par de nombreuses questions… Un peu comme s’il subissait un dédoublement de sa personnalité… Il devient « plusieurs » et les questions fusent de son corps, de son cerveau, de son rôle de père, de son image de « blanc colonisateur »… Chacun a un mot à dire et ce n’est pas toujours simple de répondre aux questions !

 

Le temps passe, les habitudes viennent, une forme d’ennui aussi mais de courte durée car la vie s’organise… Et Didier mesure qu’il n’est pas toujours facile de vivre avec un adolescent. On croit être un père proche, aimant, sans problème et pourtant le jeune ado veut prendre ses distances… Il se qualifie lui-même de « père mou » et il voit son fils suivre un professeur de plongée « dictateur »…

 

Puis, il y aura un évènement majeur qui va se produire : Antoine fait une crise aigüe de paludisme. Il faut agir très vite et pour cela il doit faire appel à un hôpital local sur l’île voisine… Là, le père découvre que la médecine n’est pas comme en France, que tout est relatif, que le fatalisme est là… Heureusement, Antoine va s’en sortir… Entre temps, Didier a prévenu la maman d’Antoine qui va, elle aussi, arriver dare-dare sur l’île… On se croirait presque dans un happy end mais, en fait, on ne saura rien de ce qui se passera une fois les trois réunis…

 

Vous pourriez croire que je vous ai tout dit mais comme le plus important de cet album c’est la façon dont tout est raconté, y compris le point de vue d’Antoine, ben finalement, je ne vous ai rien dit d’important et vous allez pouvoir partir en transhumance avec les Robinsons, père & fils

 

Cet ouvrage, comme je l’ai dit, est une adaptation d’un récit en bédé. Je ne sais pas si la version dessinée est fidèle au texte initial mais qu’importe puisque l’auteur est le même. Par contre, j’ai trouvé la narration graphique très plaisante, agréable à lire et efficace. Tronchet reste Tronchet et j’aime beaucoup son dessin qui par ailleurs est très difficile à définir. Certes, il est caricatural, expressif, drôle et donne ce sentiment de naturel, simple, doux… Quand on dévore cette bande dessinée, on finirait presque par avoir l’impression que le dessin c’est juste facile et simple… Sauf que si je prends le crayon, le résultat est beaucoup moins bien… C’est d’ailleurs pour cela que Tronchet est un grand auteur de bédés…

 

Comme l’été c’est fait pour lire, il ne me reste donc plus qu’à vous souhaiter bonne lecture de cet ouvrage parfaitement adapté à l’été et aux vacances !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 29 juin 2019

L'été c'est fait pour lire : Jour J

L’été c’est fait pour lire et quel plaisir pour moi que de me laisser bercer par des uchronies… Uchronie ? Ah, vous avec un peu de mal avec ce mot, ce concept, ce jeu… Disons, pour faire simple que l’uchronie est un jeu – certains diraient une science – historique. On part de l’histoire factuelle et bien datée dans le temps, et on imagine que les faits ne se déroulent pas comme dans les manuels. On prend un point de changement comme Kennedy n’est pas assassiné le 23 novembre 1963 à Dallas. A partir de là, tout redevient réel c'est-à-dire que les personnages se comportent comme ils l’auraient fait… et nous regardons ce que deviendrait – dans notre exemple – les Etats-Unis avec Kennedy jusqu’à la fin de son mandat…

 

Sur ce concept, Jean-Pierre Pécau et Fred Duval ont construit une série, Jour J, dont le principe est simple : une histoire (parfois en plusieurs volumes mais le plus souvent en un seul tome) qui montre le jour où tout a basculé. Ce n’est donc pas la vérité (inutile d’aller voir Jean-Pierre Pécau pour lui dire qu’il s’est trompé sur un fait ou un autre) mais par contre l’histoire est construite avec des personnages historiques, leurs caractères, leurs qualités et leurs défauts… C’est à la fois une forme de fiction mais avec un fond très sérieux !

 

Le problème avec l’uchronie est que le lecteur doit avoir quelques bases historiques pour ne pas être perdu et prendre du plaisir. Jouer avec l’histoire implique de la connaitre un minimum et de l’aimer aussi… Alors, imaginons un instant que vous ayez toujours suivi vos cours d’histoire avec un peu d’attention et de plaisir… et ouvrons les Jour J 26 et 34, deux albums qui se suivent…

 

Nous sommes au XV° siècle, la grande Peste est tombée sur l’Europe mais les effets, dégâts et ravages ont été plus dramatiques que dans l’Histoire. En fait, cette épidémie a presque entièrement ravagé l’Europe… Le royaume de France, en particulier, est dans une situation inimaginable… Qui va ceindre la couronne royale ? Deux candidats s’affrontent, Louis XI et Charles le Téméraire, duc de Bourgogne…

 

Vous allez me dire que cette rivalité entre les deux hommes fait partie de la réalité et je vous rappelle que tout n’est pas fiction ici… Suite au drame de la Peste noire, les auteurs font vivre leurs personnages avec une certaine rigueur scientifique…

 

En 1473, l’ambassadeur du Mali arrive à Aigues-Mortes. Il vient pour assister au vote visant à attribuer la couronne de France. Il n’est pas là par hasard ou pour découvrir touristiquement une Europe qu’il ne connait pas, il est là en représentant d’un empire richissime et la mère de Louis XI compte sur cet allié et son or pour que Louis XI soit consolidé définitivement sur le trône de Clovis…

 

Cet ambassadeur sera mis sous la protection d’un groupe de mercenaires dirigés par Jeanne la Pucelle… Cette compagnie particulière escortera l’ambassadeur jusqu’à Paris à travers la France ou plus exactement ce qu’il en reste…

 

Je ne vais pas tout vous raconter car j’espère bien que maintenant vous avez envie de découvrir La Ballade des Pendus – oui, on va bien découvrir un certain François Villon – et Le Dieu vert, histoire qui aurait pu aussi se nommer L’épopée de Jeanne et Innana

 

Comme l’histoire est une bande dessinée, il faut un dessinateur. C’est Lajos Farkas qui s’y est collé. C’est un dessinateur qui vit en Hongrie et que j’apprécie beaucoup. Son dessin est fouillé mais il ne nous noie pas dans les détails et sa narration graphique, très efficace, est parfois proche de la ligne claire mais sans jamais s’y laisser enfermer…

 

Réellement une très belle réussite, certains allant même jusqu’à dire que c’est une des meilleures histoires de la série Jour J. Et comme en Bourgogne on a toujours un petit faible pour le Téméraire… et s’il devenait roi de France ?

 

Comme l’été c’est fait pour lire, belle occasion de lire de la bédé, de découvrir l’uchronie, d’apprécier un grand scénariste de ce domaine, Jean-Pierre Pécau, et de prendre beaucoup de plaisir avec Jeanne et Innana… Très bonne lecture !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 26 juin 2019

L'été c'est fait pour lire : « Sarkozy-Kadhafi, des billets et des bombes »

L’été c’est fait pour lire et « lectures estivales » ne signifie pas « lectures faciles, inutiles et légères ». Même quand il s’agit de bandes dessinées, le sujet peut être grave, important, politique, profondément humain… et vous pourriez continuer cette liste presque jusqu’à l’infini ! Pour illustrer mon propos, d’entrée, je vous propose une bande dessinée politique et judiciaire de très haute volée. En fait, je devrais dire une enquête journalistique remarquable, tout simplement !

 

 

Imaginez une équipe de 5 journalistes qui enquêtent sur les liens entre Sarkozy et Kadhafi, sur les transferts d’argents, sur les évènements en Lybie, sur la chute de Kadhafi… et sur le financement de la campagne présidentielle de Sarkozy… Gros morceau, indiscutablement ! Le tout est mis en images par Thierry Chavant, dessinateur de bandes dessinées… L’éditeur est La revue dessinée adossée à Guy Delcourt et l’ouvrage « Sarkozy-Kadhafi, des billets et des bombes » est un ouvrage sidérant, glaçant, terrifiant, qu’il faut avoir lu et faire lire !

 

Attention, tout cela est si bien construit, étayé, raconté et démontré que « l’on se demande si tout cela est possible, tant le dossier est pesant et interroge sur notre démocratie » (France-Info). Oui, l’ouvrage pose surtout la question fondamentale : notre démocratie peut-elle survivre à un tel scandale ? Est-elle encore crédible ?

 

Bien sûr, quelques semaines après avoir lu cet ouvrage et l’avoir déjà fait lire autour de moi, j’ai entendu comme beaucoup d’entre vous Nicolas Sarkozy dire que s’occuper de refonder « Les Républicains » n’était plus son actualité… Il faut dire que depuis tous ses recours ont été rejetés et il va falloir qu’il rende compte de ses actes devant la justice. Comme la sortie de cette bande dessinée n’a pas déclenché de tumultes judiciaires, on peut commencer à penser, tout en parlant de présomption d’innocence, que les faits racontés là sont véridiques… La défense va être malmenée, c’est une certitude même s’il ne faut jamais penser que ce soit impossible de voir Nicolas Sarkozy innocenté ou bénéficier d’un non-lieu…

 

Alors, juste, venons-en aux faits tels qu’ils sont racontés dans l’ouvrage… En clair, Kadhafi aurait financé la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Cela s’est passé avec plusieurs intermédiaires dont certains ont été arrosés au passage… Puis, Kadhafi est devenu gênant, encombrant,  et il a fallu s’en débarrasser… Là, arrive le second volet de cette enquête : y a-t-il eu un printemps arabe à Tripoli, Kadhafi a-t-il réellement bombardé ses opposants, que s’est-il passé dans les couloirs feutrés de l’Elysées… Enfin, n’y aurait-il pas encore une raison de plus d’éliminer Kadhafi, une raison inavouable tant elle est financière, bancaire et budgétaire : il fallait sauver le Franc CFA !

 

Je ne vous en dis pas plus mais quand on arrive à la fin de l’ouvrage on est pétrifié : où sont nos beaux sentiments démocratiques issus du siècle des Lumières ? Tout cela n’était que du vent et maintenant nous serions dans une ploutocratie banale ou dans une dictature qui s’ignore… Allez savoir !

 

Donc, oui, cet ouvrage n’est pas là pour nous redonner le moral mais plutôt pour nous conforter dans la volonté de demander à nos politiques – je parle de ceux qui veulent rester honnêtes et pouvoir continuer à se regarder dans la glace le matin – de poursuivre le nettoyage de nos institutions, de prendre les mesures ad hoc pour que ce type de scandale ne puisse pas se reproduire, pour empêcher les acteurs politiques de faire carrière et s’enrichir… Bref, cet ouvrage, il faut le lire et le faire lire pour aider les citoyens de se pays à être informés et conscients de la situation…

 

Comme l’été c’est fait pour lire et débattre en famille, « Sarkozy-Kadhafi, des billets et des bombes » est le livre qu’il vous faut emporter en vacances…

 

Bonne lecture et à demain !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 22 juin 2019

BD : Etienne Willem à Chalon cette semaine...

Etienne Willem va bientôt venir dédicacer à la librairie L’Antre des bulles de Chalon-sur-Saône et c’est donc l’occasion de découvrir sa nouvelle série publiée par Bamboo sous le label Grand Angle… La fille de l’exposition universelle, c’est son nom, comporte déjà deux volumes…

 

Qu’est-ce qu’une exposition universelle ? Personne ne peut donner une définition exacte car le concept est assez complexe. Ce qui est certain, par contre, c’est que la France s’était lancée en 1798 dans une série de foires nationales ayant pour objet de réunir dans un même lieu les différentes productions industrielles et artisanales du pays. Il y eut ainsi onze Expositions Nationales des produits de l'industrie agricole et manufacturière. La dernière eut lieu en 1849 et c’est en la visitant qu’Henry Cole eut l’idée de faire une manifestation de même nature mais en invitant le monde entier à participer. Ce fut donc l’exposition universelle de Londres en 1851 ! Les chiffres furent éloquents : plus de six millions de visiteurs, presque 200 000 livres de bénéfice ! A cette occasion, le monde put admirer la grande vitrine de l’Empire britannique. C’est en s’appuyant sur cet exemple que Napoléon III eut l’envie d’avoir, lui-aussi, « son » exposition universelle… Ce sera l’exposition universelle de 1855 à Paris !

 

L’idée du scénariste Jack Manini et du dessinateur Etienne Willem est de nous raconter les expositions universelles françaises, de 1855 à 1937 à travers un personnage, Julie Petit Clou. Cette dernière n’est pas tout à fait une femme comme les autres puisqu’elle ressent profondément l’avenir tragique et cela va permettre à la série de naviguer entre document historique – oui les expositions universelles ont bien existé – et aventures policières et fantastiques… Chaque album est un one shot ce qui permet de les lire sans avoir besoin de tous les lire… Par contre le personnage de Julie va vieillir au fur et à mesure de l’avancée de la série…

 

 

Dans chaque album, il y a une histoire policière, une enquête et beaucoup de mystère. Ce dernier est généralement éclairci par Julie, certes grâce à ses donc mais, surtout, parce qu’elle est volontaire et persévérante.

 

Le ton de l’histoire est léger, plein d’humour et parfois même on peut avoir le sentiment d’un côté déjanté qui me convient parfaitement. Autant dire que les passionnés d’histoires rigoureuses, sérieuses et rationnelles risquent d’être un peu déstabilisés tandis que les autres vont se régaler…

 

La qualité du dessin d’Etienne Willem permet une narration graphique efficace, agréable, lisible par tous. Le trait est fin, les visages expressifs, les personnages historiques et les monuments identifiables ce qui assure un beau voyage dans le Paris de ces différentes expositions universelles. Certains ont pu reprocher à Willem de ne pas être assez précis dans son architecture mais je rappelle que cette bande dessinée est aussi une aventure, une fiction et non un ouvrage documentaire sur les expositions universelles… C’est plus une visite romancée et fantasmée… et diablement sympathique !

 

Comme Etienne sera là le 20 juin de 15h à 19h, c’est l’occasion de découvrir cette belle série, de rencontrer le dessinateur, de s’entretenir avec lui et de repartir, cerise sur le gâteau ou cadeau artistique, avec une magnifique dédicace…

 

Bonne lecture à tous !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 18 juin 2019





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